Wei wei en Chine, c'est un peu le "allo" français. Vous l'aurez donc compris, je m'en vais vous présenter tout l'apanage du téléphone à la chinoise (le dianhua quoi, littéralement "parole électrique").
Dans les grandes lignes, c'est quand même assez proche du téléphone français. On appelle son pote, il décroche, et malgré les kilomètres qui nous sépare, on peut tailler le bout de gras avec lui comme s'il était juste à coté de nous, et ce grâce aux prouesses de la technologie. Soit. Mais le truc qui est épatant chez ces coquains de chinois, c'est qu'ils peuvent taper leurs textos en idéogrammes ( et accessoirement les lire, ce qui n'est pas gagné sur les téléphones français).
En utilisateur averti (mais aussi en partie parceque mon portable était en SAV au moment de mon départ pour Shanghai), j'ai acheté un téléphone flambant neuf arborant fièrement le fameux "China Mobile" sur sa coque.
Du coup, contrairement à la plupart de mes camarades, je peux lire et écrire les caractères chinois. Mais comment écrit-on des sinogrammes sur un téléphone portable ? 2 solutions:
Le mode "Tap English" ne compte pas, c'est le mode classique pour écrire ses textos en alphabet.
"iTAP PinYin" ou "Mode des Petits Joueurs":
On écrit la prononciation du caractère en PinYin, le téléphone se charge de faire la conversion en caractère (ex: "xue" donne 学).
Attention, au même mot en PinYin peuvent correspondre plusieurs caractères (d'autant plus que l'on ne peut pas accentuer le PinYin). Il faut donc choisir le bon idéogramme dans la liste.
"iTAP Stroke" ou "Comment se la péter en société":
Là, cest la REVELATION ! Observez bien le gros plan du clavier ci-dessus. A chaque touche correspond un type de trait (stroke en anglais). A l'instar des plus grands calligraphes, il s'agit donc de tracer les idéogrammes trait par trait (ou au moins le début, on arrive vite au bon caractère par élimination).
Exemple: le caractère 学 (xué, étudier, oui maman j'aime bien ce mot).
Il se décompose de la manière suivante:
On tape donc les 5 premières étapes sur le téléphone, ce qui donne point de vue touche:
2 + 2 + 2 + 2 + 3 (cf. photo du clavier)
Et voilà le travail ! La première fois, on ressent un sacré sentiment de supériorité, à la limite de l'invincibilité. Puis après, on s'y fait. On est un dieu.
Passons aux travaux pratiques. Un beau soir, mon téléphone sonne. Je décroche et balance un de ces "Allo Bonjour !" dont j'ai le secret. Rien. "Allooo ?" Toujours rien. "Alloooooo ?" Et là, des pouffements étouffés dignes de gamines en pleine partie de SecretGirl©. Je raccroche.
3 minutes plus tard, je reçois un texto:
"Ni shi shei" ou "Tu es qui". Pour de vrai, j'ai pas compris aussi vite, j'ai du attendre le lendemain matin pour savoir ce que voulait dire le dernier caractère. Du coup, j'avais envisagé différentes hypothèses, parmi lesquels "Tu es super", Tu es génial" ou encore "Tu es divin". Tant pis.
Je ne me suis pas laissé démonter pour autant, et je me suis fendu d'une réponse sollicitant la totalité de mes ressources en idéogrammes de l’époque:
"Ni hao, wo shi fa guo ren" ou "Bonjour, je suis français".
Ca vaut ce que ca vaut, mais c'était ça ou "Wo xihuan he lu cha" ("J'aime boire du thé vert").
L'air de rien, j'ai du mettre quelque chose comme 5min à taper le texto. C'est cher d'avoir la classe.
La réponse ne s'est pas faite attendre:
Là j'avoue, j'ai rien compris (à part le premier caractère, "ni" ou "tu"). J'ai donc expliqué la situation à ma prof, et lui ai demandé de jouer les interprètes. Elle s'est bien marré, et m'a expliqué que ca pouvait se traduire grosso modo par "Mais t'es taré ou quoi ??".
Tant pis, ouaf
Je m'en vais vous clouer le bec avec quelques petits articles de derrière les fagots, oiseaux de mauvaise augure :o
...pour dire que tu n'est pas encore un bon zhong guo nuren heartbreaker.
La réponse exacte était "Ni shi wo de peng yo ma?", et c'est dans la poche (monster in my pocket comme on dit chez nous) :)